Albert Camus est un penseur inclassable, faussement consensuel, souvent contradictoire. Si on a pu penser récemment qu’il pourrait entrer au Panthéon, on se demande quel Camus serait honoré : le pied-noir attaché à l’Algérie française, l’homme qui a, bien seul, condamné radicalement le bombardement d’Hiroshima, le compagnon de route des anarchistes et des objecteurs de conscience, l’incroyant qui avait une passion pour Pascal ?
Nourri de nietzschéisme, Camus se méfiait plus que tout des grands systèmes métaphysiques et des idéologies englobantes qui, peste brune ou peste rouge, débouchent sur le despotisme et la barbarie. Il était d’abord le penseur de la liberté et de la morale : aucun projet politique, aucune révolte ne peut justifier le meurtre d’innocents. Il avait la violence en horreur, qu’elle vienne de révolutionnaires ou de l’Etat (la guerre et la peine de mort). Il faut relire les textes de Camus aujourd’hui et redécouvrir l’homme pour son attachement passionné à ce qui lui semblait juste.


